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17.10.2007

Histoire d'eau

« Eh! oh! du bateau… »
La barre s’affole, le vent se lève. Une obscurité remonte du large.

« Capitaine, un gros grain va nous secouer. Regardez, la mer comme elle s’agite. »

Dans ces circonstances, le mot était d’une justesse affligeante
surtout quand on ne possède pas encore les bons apparats.
Le pont tanguait à bâbord, à tribord.
Le vent peut être vraiment une saleté, incontrôlable. Il nous pousse aux vices...
Il nous pousse aux meurtres... nous presse les uns vers le silence
et l’autre vers les hurles vents. Et rien y fait, ballotté, molesté par les courants,
presque noyé sous le flux et le reflux du courant.

Sur le pont, le prête tenait son bréviaire serré contre sa poitrine,
quelques sueurs marines gominées sa misérable chevelure.
Il défiait les dieux en vociférant ses prières,
ses hymnes à la grandeur de son bienfaiteur maître et roi.
Il était piteux de la voir scander ses médiocres slogans...

Le mousse toujours un peu fier, et connaissant accès bien le cargos
sur lequel il avait embarqué, gardait encore un peu d’ironie dans ses propos.
« Pas d’inquiétude pasteur, la peste n’est pas dans la cale.
C’est juste une petite giboulée, histoire de purger les sangs ».
La peste peut-être pas mais le typhus sûrement ou alors quelque chose d’approchant.
On sentait bien qu’il y avait une épidémie qui rongeait, qui rendait fou l’équipage.

Dans la cabine, la lumière vacillait, couinait. Le capitaine claude-daniel,
un mystique des temps modernes et ancien, ne s’avait jamais sur quel mer il naviguait,
mais il restait toujours entre deux eaux à lutter contre vent et marais.
On ne soupçonnait pas à son apparence qu’il détenait les ressources nécessaires.
Il avait la bonhomie d’un poupon, malgré son regard cerné.

Alors, alors... donc, Claude-Daniel maintenait la barre et restait imperturbable, fumant la pipe.
Les dieux semblait lui en vouloir, mais il continuait allégrement à créer de larges nuages blancs
qui lui coiffaient la tête d’auréoles tel un saint en carte postal, rayonnant de mille feux,
fidèle à son dogme, illuminant l’obscurité de sa lumière.

Comment avoir autant de sérénité face à l'adversité ?

Rapidement, les paroles du prêtre s’épuisaient, il avait dégueulé tout son savoir.
Et le temps n’était plus du tout à la clémence.
Toutes ces belles phrases, semblaient même accroître les forces de la tempête
qui se dégingandait au dessus de leur petit navire perdu au milieu de l’océan.
Pas une lueur à l’horizon, pas une mouette, pas un signe de rémission ne se faisait sentir.
Rien… ne montrait un que lconque espoir, le calme pla t, si je puis dire.
Et pourtant, tous les sujets présentés bon nombre de qualité,
mais que peut-on fait face à l’ironie du sort ?
Fallait-il être précieux pour en voir sa subtilité ? Y avait-il une autre issue ?

Le vent était à la démence. Le mousse s’agitait en tous sens, il fallait sauver les apparences,
le seau dans les mains, accès maladroit, d’ailleurs. il écopait l’eau qui se répandait de tout coté.
Le prête saoulait par son mauvais vin, titubait et tentait de s’accrocher au bastingage.
Il grommelait encore quelques mots imperceptibles qui allaient à l’encontre de tous les dogmes
et de toute la chasteté religieuse qui l’incombent.

De nombreux éclaires parcouraient le ciel et finissaient finalement par s’échouer dans l’océan.
Là ou naquit un jour le fameux Claude-Daniel. Tout sa vie durant, il avait arpenté les mers.
Et aujourd’hui à l’aube de sa maturité, en pleine possession de ses moyens, il vibrait et riait
à gorge déployée devant la fanfaronnade du temps capricieux. Tous autour de lui, tremblaient
qu’accroître son plaisir, comme s’il attendait ce moment pour se révéler.

Et puis, et puis… de pas en trépas, du clair à l’obscure, d’une encablure à l’autre,
ils s’enfoncèrent dans la nuit, disparaissant dans l’horizon tumultueux.
La nuit toucha sa fin dans un calme ambigu  et en laissant place à un autre jour
ou les éléments, le mousse et le prêtre se posèrent, épuisés et fébriles. Seul,
claude-daniel ricanait encore de cette farce arrogante, fasciné par les foudres de guerre
et la folie que peut engendrer
la condition humaine.

Tous les six du mois pendant six mois, vous me réciterez six fois cette acte de contrition :
« Tous se passe dans la tête, surtout garder son sang froid, laisser venir les choses à soi,
les voir venir pour mieux les combattre. Ne pas se laisser décontenancer.
Quand on est sain de corps et d’esprit, et que la cause est juste,
les erreurs se sont les autres et il ne faut pas leur laissait nous faire croire le contraire. »


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