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17.04.2008
Vendredi pour jeudi
Vendredi, jour du seigneur ou du poisson, comme vous voulez. Cela lui importe peu.
L’heure est encore au doute. Et elle ne soupçonne pas encore dans quel état il entamera sa procession vers la noirceur du jour.
Dans l’appartement qui lui sert de refuge ou d’abri bus, je ne retrouvais pas la présence féminine qui donne toujours cette pointe de fraîcheur et de sensibilité au nid d’amour! Tout laissait penser à autre chose. C’était l’impression que j’en avais tout du moins.
Une vieille odeur de déjà vu, peu de meubles, des traces d’anciens tableaux sur les murs, moquette usée ou l’on peut retracer les passages furtifs et répétitifs du maître des lieux, peintures écaillées et jaunies qui ont dépassé le temps prescrit. j’aurais pu y voir des cartes topographiques tirées de mondes imaginaires. De vieux livres recouverts de poussières qu’il a sans doute négligemment négligé, laissé pour compte derrière la porte du salon sous le radiateur. Quelques cartons jonchent encore le couloir de l’entrée. Pour le reste, des recoins sombres et sournois. Oh, j’oubliais, le matelas de chambre jeté au milieu de confusion : phrases et pages, couleurs et peintures, par dessus et par dessous...
Mais malgré ça, tout parait être fictif semblable à un modeste décor de théâtre. Extérieurement, on en pleurerait. C’était tout de même, un appartement dans les beaux quartiers parisiens, 70 m2, trois pièces plus cuisine et salle de bain, deuxième étage, pleine Ouest, du soleil toute la journée, seul sa chambre se trouvait du coté cours, cours étroite et profonde, mais agréable tout de même. Les propriétaires de l’immeuble avaient pensé à illuminer l’espace exiguë en empotant tout autour quelques feuillus.
Quel était son rôle dans ce lieu écœurant de passé? Peignait-il les murs de ses amertumes? Quel sont véritablement les signes qui pourraient nous donner un sens des réalités?
Dans l’embarras du planning institué la veille, il cherche la porte de l’éveil. Frottant ses petits yeux embruinés du levant et, d’un pied hagard, il se glisse par l’entrebâillement de la porte, distrait, discret comme meurtri du combat qu’il a mené avec lui-même. Chaque nuit broie du noir, chaque nuit éveillait en lui des apparitions blafardes. D’un épais brouillard se déchirait par interstice les blessures d’un corps livide. Il se voyait là, étendu, nu, dénudé, désarmé et en proie à des oiseaux moirés, à de terribles douleurs qu’ils étaient incapables de combattre.
Comment peut-on oser se rappeler d’un temps maussade ou le corps ne supportait alors que difficilement le poids d’une tête trop encombrée de pensées écrasantes sans provoquer les foudres de guerre? Le temps à passer pourtant, mais serais-je capable de relater cette histoire qui frôle que de trop près les parois de ce ciel irrité et à fleur de peau?
Machinalement, il passe de couloir en couloir, hypnotisé par son ombre, la suivant à pas de félin. Sans éveiller l’attention, il s’enferme dans la salle de bain comme par pudeur. Les ablutions remodelaient sans doute les apparences et pouvaient du savon magique redonner clinquant et gaieté à son teint, à sa mine de pantin.
Après quelques temps dans l’inquiétude qu’il ne réapparaisse pas, il fit face dans l’embrasure de la porte, en clair obscure, brûlé de tout côté par les éclats des rayons du soleil. J’avais mal à discerner les traits durcis de son visage. De toute manière, il ne devait pas avoir fait plus d’efforts que d’ordinaire.Et pénètre l’espace ses pieds comme sur coussins d’air, s’engouffrant dans le couloir, prend au passage ses clés sur la table de l’entrée et sa veste qui suspend encore comme le linge à sécher sur la poignée de la porte et la claque derrière lui. J’entendais ses pas raclés les marches de l’escalier et franchir le sas du hall d’entrée...
Il allait passer inévitablement devant la loge de la concierge. C’était un miracle qu’elle vive encore cette vieille folle. Elle et son chien empestaient le hall et le premier étage d’une odeur à peine soutenable. Qu’y avait-il dans leur logis pour faire macérer l’air, comme ça? Avait-elle tué son mari pendant la nuit? Et ne sachant que faire de son corps et ne sortant jamais de chez elle sauf pour faire pisser le chien, n’avait eu comme idée que de le suspendre comme charcuterie dans l’arrière cuisine.
De temps en temps, elle laissait sa porte entrouverte, il y faisait si sombre que même toutes lumières allumées, on ne distinguait plus les couleurs et les motifs du papier peint. Un doute subsistait, toute de même sur l’origine de cette infection qui pourrissait l’immeuble. Cela troublait la respectabilité des notables et du médecin en chirurgie plastique du rez de chaussée. Pensez-vous, il en perdait ses clients. Tout ceci faisait figure de déchèterie.
On a beau dire, cela ne devrait pas exister des animaux pareils. Une pétition avait même circulé pour faire piquer la bête. Les locataires avaient sûrement fait erreur en dirigeant leur accusation sur l’animal. Cette vieille folle était toujours fichue de guenilles enduite de graisse de porc. Un doute subsistait tout de même et puis en plus, comme on dit toujours : il n’y a pas de mauvais chien, il n’y a que de mauvais maître.
On pouvait l’apercevoir dans la journée et le soir après vingt deux heure ramper tel un fantôme, traitait et hurlait la canne levé à bout de bras après l’animal meurtri. Elle le frappait quand il n’était pas revenu assez vite à son goût, pauvre bête!
On dit des animaux qu’ils ont l’esprit étroit, celui-ci semblait avoir dépassé ces limites. L’adversité semble rendre plus intelligent tout être vivant. En effet, un jour ou elle l’avait roué de coup comme cela lui arrivait souvent, tout faible des douleurs infligées, il se déroba devant la matraque, lui passant sur les pieds et larguant à son passage une viril coulée de “boue” avant de se précipiter dans le cloaque qui leur sert de porcherie. Un an après cet événement, le chien mourut dans des circonstances étranges nous permettant par la suite de comprendre d’ou l’odeur putride venait.
De la fenêtre du salon, les rideaux laissaient présager que la journée allait être agréable, ils se laissaient dessiné de grandes zones lumineuses qui comme certains nuages nous le rappel donnent à l’esprit l’imagination. Un oiseau oisif sifflotait un air de printemps, le ciel n’arborait aucune ombre et les arbres commençaient à verdir. Enfin bref, tout était bien dans le meilleur des mondes.
Puis j’aperçus sa silhouette de l’autre coté de la rue, longeant le mur et tournant à gauche, fit un crochait par la boulangerie, histoire de se remplir l’estomac qui crie déjà famine et rentre dans le premier café venu, s’installe dans un coin prés de la vitre pour observer les allés et venues des badauds et commende son breuvage matinale, un café allongé.
Comme d’une pièce de théâtre ennuyeuse et monotone se répétant éternellement, il se faisait spectateur anonyme. Les gens défilent au comptoir, gémissant leur histoire à dormir debout, leurs soucis, leur manque d’argent, leurs rêves de grandeur, le temps qu’il fait, la dernière manifestation de la RATP, la circulation, le temps qui commence à faire meilleur, la superbe blonde qui vient de passer avec sa jupe à courant d’air et son petit haut qui tombe sur une discrète et adorable paire de seins, 95C... Un livreur un peu pressait, mais pas trop non plus en oublie de serrer le frein à main de son véhicule. Et le camion descend, descend doucement la pente en marche arrière pendant que lui-même descend son dixième petit ballon de rouge. Il faut bien commencer la journée.
Sonne midi, il est toujours là devant sa tasse de café qui doit être la deuxième d’ailleurs et qui doit être froide. Il griffonne quelques mots sur un morceau de papier froissé, quelques pensées fugitives ou un devoir peut-être qu’il n’aura pas la force d’accomplir, mais qu’il signale quand même à sa mémoire au cas ou dans un excès de zèle en vers lui-même il serait capable de le mener à terme. Il s’arrête, regarde. Regarde la serveuse au fond de la salle qui demande à une jeune femme si elle n’aurait pas l’amabilité de se déplacer. Parce que l’on va servir le déjeuner. Vous comprenez? Installez vous là, là-bas devant, il y a une table libre à coté du jeune homme. Merci vous étés bien aimable.
On aurait dit le genre de nana, un peu trop propre sur elle pour être honnête, qui ressemblait plutôt à une saute avec la malice de l’avarice qui pend au nez comme une maladie honteuse, mais si délectable, catho jusqu’au bout des ongles avec les breloques autour du cou, témoin de sa bonne foi et de son appartenance à une caste. Plutôt mignonne comme pouvait l’être la noblesse, malgré leur mariage consanguin, la bonne bourgeoise de père avocat ou médecin et de mère racoleuse assise sur le portefeuille. On se doute qu’elle a du suivre le bon plis familiale en faisant ses classes au couvant des petites soeurs des pauvres. Formation impeccable, ne négligeant aucun paramètre de la vie sociale et culturelle allant jusqu’à parfaire leur éducation en matière de donation de soi, de préparation aux corps et de perfectionnement aux instructions de la chair, autrement dit les fameux préliminaires. Tout ceci bien sur se faisant strictement dans l’enceinte des lieux avec les précautions d’usage, qu’il n’y est aucun mal qui risquerait d’entacher la grandeur de notre grande mère l’église et de sa sainteté. Leur permettant ainsi de sortir de l’établissement avec le “tendre” totalement ouvert à toutes positions et propositions sulfureuses.
Sa mauvaise humeur semblait déteindre sur mon écriture comme s’il m’arrachait le crayon des mains et les mots de mes pensées. Je n’étais plus moi-même, hors de moi, même. Ses aigreurs sur la gente humaine me rendait suspicieuse sur le bon sens de ses propos.
Je la vis se lever prendre son sac à main, sa veste et sa tasse de café, en équilibre, déambuler précieusement entre les tables, sur le fil étroit et tranchant qui la menait à sa rencontre. La jeune femme s’assoit à ses cotés ou presque, à la table juxtaposée de la sienne. Elle pose tout son fatras comme si elle déménageait son appartement, tenant aussi quelques pages arrachées d’un journal dans les mains. Elle prit possession des lieux ainsi que l’attention du jeune homme. Au bout de quelques minutes, attiré par quelque chose de singulier et sans qu’elle lui est fait au préalable un seul signe, il lui adressa la parole :
- “excuse-moi, mais sommes-nous vendredi ou jeudi, aujourd’hui?
- “Et bien, vendredi...” Elle resta un peu surprise d’une telle question. Que pouvait-il chercher au-delà du sens propres des mots qu’ils lui tendaient dans le silence du moment? Par courtoisie, elle lui signe un large sourire amical.
- “Oui, si je me permet, c’est qu’euh... les pages que vous tenez entre vos mains sont les annonces de locations d’appartement. Et que dépassé d’une journée on peut considérer qu’elles ne sont plus valable. Mais...” reprit-il pour faire toute la lumière à sa question inopportune.
…
Puis commença par je ne sais pas par quel miracle entre ces deux êtres si opposées l’un de l’autre une conversation qui se prolongea au-delà des apparences, au-delà des préjuges et du temps.
Et puis… et puis…
L’heure est encore au doute. Et elle ne soupçonne pas encore dans quel état il entamera sa procession vers la noirceur du jour.
Dans l’appartement qui lui sert de refuge ou d’abri bus, je ne retrouvais pas la présence féminine qui donne toujours cette pointe de fraîcheur et de sensibilité au nid d’amour! Tout laissait penser à autre chose. C’était l’impression que j’en avais tout du moins.
Une vieille odeur de déjà vu, peu de meubles, des traces d’anciens tableaux sur les murs, moquette usée ou l’on peut retracer les passages furtifs et répétitifs du maître des lieux, peintures écaillées et jaunies qui ont dépassé le temps prescrit. j’aurais pu y voir des cartes topographiques tirées de mondes imaginaires. De vieux livres recouverts de poussières qu’il a sans doute négligemment négligé, laissé pour compte derrière la porte du salon sous le radiateur. Quelques cartons jonchent encore le couloir de l’entrée. Pour le reste, des recoins sombres et sournois. Oh, j’oubliais, le matelas de chambre jeté au milieu de confusion : phrases et pages, couleurs et peintures, par dessus et par dessous...
Mais malgré ça, tout parait être fictif semblable à un modeste décor de théâtre. Extérieurement, on en pleurerait. C’était tout de même, un appartement dans les beaux quartiers parisiens, 70 m2, trois pièces plus cuisine et salle de bain, deuxième étage, pleine Ouest, du soleil toute la journée, seul sa chambre se trouvait du coté cours, cours étroite et profonde, mais agréable tout de même. Les propriétaires de l’immeuble avaient pensé à illuminer l’espace exiguë en empotant tout autour quelques feuillus.
Quel était son rôle dans ce lieu écœurant de passé? Peignait-il les murs de ses amertumes? Quel sont véritablement les signes qui pourraient nous donner un sens des réalités?
Dans l’embarras du planning institué la veille, il cherche la porte de l’éveil. Frottant ses petits yeux embruinés du levant et, d’un pied hagard, il se glisse par l’entrebâillement de la porte, distrait, discret comme meurtri du combat qu’il a mené avec lui-même. Chaque nuit broie du noir, chaque nuit éveillait en lui des apparitions blafardes. D’un épais brouillard se déchirait par interstice les blessures d’un corps livide. Il se voyait là, étendu, nu, dénudé, désarmé et en proie à des oiseaux moirés, à de terribles douleurs qu’ils étaient incapables de combattre.
Comment peut-on oser se rappeler d’un temps maussade ou le corps ne supportait alors que difficilement le poids d’une tête trop encombrée de pensées écrasantes sans provoquer les foudres de guerre? Le temps à passer pourtant, mais serais-je capable de relater cette histoire qui frôle que de trop près les parois de ce ciel irrité et à fleur de peau?
Machinalement, il passe de couloir en couloir, hypnotisé par son ombre, la suivant à pas de félin. Sans éveiller l’attention, il s’enferme dans la salle de bain comme par pudeur. Les ablutions remodelaient sans doute les apparences et pouvaient du savon magique redonner clinquant et gaieté à son teint, à sa mine de pantin.
Après quelques temps dans l’inquiétude qu’il ne réapparaisse pas, il fit face dans l’embrasure de la porte, en clair obscure, brûlé de tout côté par les éclats des rayons du soleil. J’avais mal à discerner les traits durcis de son visage. De toute manière, il ne devait pas avoir fait plus d’efforts que d’ordinaire.Et pénètre l’espace ses pieds comme sur coussins d’air, s’engouffrant dans le couloir, prend au passage ses clés sur la table de l’entrée et sa veste qui suspend encore comme le linge à sécher sur la poignée de la porte et la claque derrière lui. J’entendais ses pas raclés les marches de l’escalier et franchir le sas du hall d’entrée...
Il allait passer inévitablement devant la loge de la concierge. C’était un miracle qu’elle vive encore cette vieille folle. Elle et son chien empestaient le hall et le premier étage d’une odeur à peine soutenable. Qu’y avait-il dans leur logis pour faire macérer l’air, comme ça? Avait-elle tué son mari pendant la nuit? Et ne sachant que faire de son corps et ne sortant jamais de chez elle sauf pour faire pisser le chien, n’avait eu comme idée que de le suspendre comme charcuterie dans l’arrière cuisine.
De temps en temps, elle laissait sa porte entrouverte, il y faisait si sombre que même toutes lumières allumées, on ne distinguait plus les couleurs et les motifs du papier peint. Un doute subsistait, toute de même sur l’origine de cette infection qui pourrissait l’immeuble. Cela troublait la respectabilité des notables et du médecin en chirurgie plastique du rez de chaussée. Pensez-vous, il en perdait ses clients. Tout ceci faisait figure de déchèterie.
On a beau dire, cela ne devrait pas exister des animaux pareils. Une pétition avait même circulé pour faire piquer la bête. Les locataires avaient sûrement fait erreur en dirigeant leur accusation sur l’animal. Cette vieille folle était toujours fichue de guenilles enduite de graisse de porc. Un doute subsistait tout de même et puis en plus, comme on dit toujours : il n’y a pas de mauvais chien, il n’y a que de mauvais maître.
On pouvait l’apercevoir dans la journée et le soir après vingt deux heure ramper tel un fantôme, traitait et hurlait la canne levé à bout de bras après l’animal meurtri. Elle le frappait quand il n’était pas revenu assez vite à son goût, pauvre bête!
On dit des animaux qu’ils ont l’esprit étroit, celui-ci semblait avoir dépassé ces limites. L’adversité semble rendre plus intelligent tout être vivant. En effet, un jour ou elle l’avait roué de coup comme cela lui arrivait souvent, tout faible des douleurs infligées, il se déroba devant la matraque, lui passant sur les pieds et larguant à son passage une viril coulée de “boue” avant de se précipiter dans le cloaque qui leur sert de porcherie. Un an après cet événement, le chien mourut dans des circonstances étranges nous permettant par la suite de comprendre d’ou l’odeur putride venait.
De la fenêtre du salon, les rideaux laissaient présager que la journée allait être agréable, ils se laissaient dessiné de grandes zones lumineuses qui comme certains nuages nous le rappel donnent à l’esprit l’imagination. Un oiseau oisif sifflotait un air de printemps, le ciel n’arborait aucune ombre et les arbres commençaient à verdir. Enfin bref, tout était bien dans le meilleur des mondes.
Puis j’aperçus sa silhouette de l’autre coté de la rue, longeant le mur et tournant à gauche, fit un crochait par la boulangerie, histoire de se remplir l’estomac qui crie déjà famine et rentre dans le premier café venu, s’installe dans un coin prés de la vitre pour observer les allés et venues des badauds et commende son breuvage matinale, un café allongé.
Comme d’une pièce de théâtre ennuyeuse et monotone se répétant éternellement, il se faisait spectateur anonyme. Les gens défilent au comptoir, gémissant leur histoire à dormir debout, leurs soucis, leur manque d’argent, leurs rêves de grandeur, le temps qu’il fait, la dernière manifestation de la RATP, la circulation, le temps qui commence à faire meilleur, la superbe blonde qui vient de passer avec sa jupe à courant d’air et son petit haut qui tombe sur une discrète et adorable paire de seins, 95C... Un livreur un peu pressait, mais pas trop non plus en oublie de serrer le frein à main de son véhicule. Et le camion descend, descend doucement la pente en marche arrière pendant que lui-même descend son dixième petit ballon de rouge. Il faut bien commencer la journée.
Sonne midi, il est toujours là devant sa tasse de café qui doit être la deuxième d’ailleurs et qui doit être froide. Il griffonne quelques mots sur un morceau de papier froissé, quelques pensées fugitives ou un devoir peut-être qu’il n’aura pas la force d’accomplir, mais qu’il signale quand même à sa mémoire au cas ou dans un excès de zèle en vers lui-même il serait capable de le mener à terme. Il s’arrête, regarde. Regarde la serveuse au fond de la salle qui demande à une jeune femme si elle n’aurait pas l’amabilité de se déplacer. Parce que l’on va servir le déjeuner. Vous comprenez? Installez vous là, là-bas devant, il y a une table libre à coté du jeune homme. Merci vous étés bien aimable.
On aurait dit le genre de nana, un peu trop propre sur elle pour être honnête, qui ressemblait plutôt à une saute avec la malice de l’avarice qui pend au nez comme une maladie honteuse, mais si délectable, catho jusqu’au bout des ongles avec les breloques autour du cou, témoin de sa bonne foi et de son appartenance à une caste. Plutôt mignonne comme pouvait l’être la noblesse, malgré leur mariage consanguin, la bonne bourgeoise de père avocat ou médecin et de mère racoleuse assise sur le portefeuille. On se doute qu’elle a du suivre le bon plis familiale en faisant ses classes au couvant des petites soeurs des pauvres. Formation impeccable, ne négligeant aucun paramètre de la vie sociale et culturelle allant jusqu’à parfaire leur éducation en matière de donation de soi, de préparation aux corps et de perfectionnement aux instructions de la chair, autrement dit les fameux préliminaires. Tout ceci bien sur se faisant strictement dans l’enceinte des lieux avec les précautions d’usage, qu’il n’y est aucun mal qui risquerait d’entacher la grandeur de notre grande mère l’église et de sa sainteté. Leur permettant ainsi de sortir de l’établissement avec le “tendre” totalement ouvert à toutes positions et propositions sulfureuses.
Sa mauvaise humeur semblait déteindre sur mon écriture comme s’il m’arrachait le crayon des mains et les mots de mes pensées. Je n’étais plus moi-même, hors de moi, même. Ses aigreurs sur la gente humaine me rendait suspicieuse sur le bon sens de ses propos.
Je la vis se lever prendre son sac à main, sa veste et sa tasse de café, en équilibre, déambuler précieusement entre les tables, sur le fil étroit et tranchant qui la menait à sa rencontre. La jeune femme s’assoit à ses cotés ou presque, à la table juxtaposée de la sienne. Elle pose tout son fatras comme si elle déménageait son appartement, tenant aussi quelques pages arrachées d’un journal dans les mains. Elle prit possession des lieux ainsi que l’attention du jeune homme. Au bout de quelques minutes, attiré par quelque chose de singulier et sans qu’elle lui est fait au préalable un seul signe, il lui adressa la parole :
- “excuse-moi, mais sommes-nous vendredi ou jeudi, aujourd’hui?
- “Et bien, vendredi...” Elle resta un peu surprise d’une telle question. Que pouvait-il chercher au-delà du sens propres des mots qu’ils lui tendaient dans le silence du moment? Par courtoisie, elle lui signe un large sourire amical.
- “Oui, si je me permet, c’est qu’euh... les pages que vous tenez entre vos mains sont les annonces de locations d’appartement. Et que dépassé d’une journée on peut considérer qu’elles ne sont plus valable. Mais...” reprit-il pour faire toute la lumière à sa question inopportune.
…
Puis commença par je ne sais pas par quel miracle entre ces deux êtres si opposées l’un de l’autre une conversation qui se prolongea au-delà des apparences, au-delà des préjuges et du temps.
Et puis… et puis…
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