16.09.2008

Le temps d'un week-end

Quelques nuages et surtout du soleil, l'occasion de prendre les chemins à la recherche d'un petit coin de verdure, d'un petit coin de paradis... au rythme du funambule, suivre les chemins du Perche, traverser de verts pâturages à la rencontre d'un espace de vie convivial...

Dépasser Preaux, suivre l'écomusée du Perche et au détour d'un virage, une ancienne longère, « Libre-cours » surplombe un nouveau paysage... on aperçoit, dissimulé derrière les cultures et les haies en pagaille, le clocher du village de Saint-Cyr-la-Rosière.

De cette journée ensoleillée
, Sophie nous accueille comme des amis de longue date, comme si nous étions déjà là hier. Un petit parfum du midi nous anime, le pommier a pris la place de l'olivier. D'une terrasse en espalier, quelques gens de passage se livrent à un brin de causette à mi-ombre, accompagnés d'un thé, d'une pâtisserie. On y parle potager, poulailler, girouette, ballade, déco, artiste... (les sculptures sont de Fabien Lerable et les girouettes dispersées dans le jardin sont de Thierry Soret, artisan au Mage)

896180179.jpg

 

04.10.2007

Après demain

C’est comme traverser le temps, se plonger et s’enivrer d’un autre siècle. Une colline à franchir, enfiler les bottes de sept lieues et nous y sommes.


Le petit village d’ou je viens, ne retient pas au premier abord l'attention. Ce sont les alentours qui hébergent fermes, moulins et manoirs, perdus dans une verdure abondante en amont ou en aval, parsemée de haies touffues et mal entretenues et de champs avec la raie sur le côté précisément dessinée, qui donnent toute la poésie à ce pays...

La région regorge de maisons perdues au détour d’un chemin de pierre, bien dissimulées du temps et du monde ou seule règne cette impression de sérénité. On a le temps pour soi. On a le soin de pouvoir vivre un présent toujours plus proche qui file bien sûr, mais ne se défile pas.

Je me souviens... Quand la forêt m’enlaçait de ses bras trop grands, je retrouvais l’anonymat, la légèreté de l’être...  Il règne là-bas un soupçon d’éternité.

Je me souviens... Et ce n’est pas si loin. C’est là encore tout prêt de moi. Toutes ses petites choses... Prendre le temps, respirer les parfums du purin. Traverser les sentiers battus, revenir tout crotteux. Se dire que les choses sont simples. Se dire que la tache n’a pas d’importance et les taches non plus.

Je me souviens étant petit, quand les journées raccourcissaient, quand le temps commençaient à se raidir, on préparait les bouillottes, on sortait les chaussons de nuit et le gros pyjama. Dès la nuit tombée, on allait chercher le bois dans l’étable. On frottait nos mains devant les flammes, en repoussant l’heure ou l’on devait retrouver nos chambrées. À l’époque et encore quelques fois aujourd’hui, quand je retourne dans la maison familiale... quand le chauffage est surpris par le gel, la chaleur n’a pas le temps de rejoindre l’étage. Alors on se recroqueville dans le lit, en évitant de se promener dans les profondeurs des draps... Peu à peu la chaleur du corps envahissait les couvertures et la nuit vient nous enrôler d’histoires à dormir...
Et c’est au matin, à l’heure de l’école que tout devient pénible, il faut sortir du lit.

Je me souviens d’hier comme si c’était aujourd’hui. Je me souviens des couleurs de l’automne, le bruissement de feuilles jaunies, le vol en pagaille des pigeons dans la cour, le chien qui aboit aux moindres bruits : un tracteur, un voyeur...

Je me souviens les odeurs de la terre mouillée, les pierres transpirant l’excès d’humidité, les vieux murs négligeant leur peau laissant apparaître de grandes auréoles qui peu à peu sont recouvertes de longues barbes blanches. Je me souviens le parfum du lait venant d’être trait, le fumier fraîchement déposé à coté de l’étable... fumant comme un bon café noir.

Je me souviens aussi de mes propos dans ma dernière année sur Paris ou je n’avais qu’une envie, retrouver ces sensations perdues. Aujourd’hui, je suis un touriste à Paris et cela a changé complètement mon regard et mes impressions de cette ville.

Paris 1999 : « Je dois quitter cette ville qui me ronge... Je suis entre le rat et le mulot. Je vis dans une faune d’apparence qui n’a rien à voir avec des animaux dociles, domestiques. Et la flore n’a aucune apparence végétale, tout est gris, couleur de la nuit... Le soleil ne semble pas percer de ce côté du monde, les âmes sont peut-être trop sombres.
J’ai cru pouvoir m’adapter à ce rythme infernal... Déjà 15 ans que je foule l’asphalte de cette terre battue, abrupte. J’y ai trouvé pourtant asile, mais je ne sais pas quel degré de folie il faut atteindre pour y être admis. »

Et puis un séjour passé en Bretagne, m’a permis de voir un peu plus clair dans ma tête. Nous étions sur une île ou il n’y avait ni eau courante, ni électricité... Le chauffage était de simples poëlles et la lumière, des lampes à pétrole. Les bottes étaient obligatoires et le seul bain que l’on pouvait envisager, était un seau fixé dans le coin de la pièce duquel sortait un tuyau en plastique. Après avoir chauffé l’eau dans la marmite, on remplissait le seau et les ablutions pouvaient débuter. Une douche que l’on ne peut oublier.
Un peu de pétrole, un peu d’huile de coude pour couper le bois, quelques bidons d’eau potable et quelques vivres, ont pu nous faire passer plusieurs jours inoubliables.

J’ai compris dès lors que l’on se crée des besoins qui ne sont pas vitaux, qu’il est possible de vivre autrement.

Il est vrai que Paris est la ville lumière, qu’elle offre monts et merveilles à celui qui peut en profiter, qu’il est difficile de voir autrement une fois que l’on a les deux pieds dans le bitume. Paris est beauté, elle offre la proximité des arts, des boutiques, des échantillons de nature sans ses inconvénients. Paris ne manque pas de charme, elle a un parfum inimitable que tout le monde n’est pas capable de porter.

Il m’a été difficile d'admettre ma vraie nature... Le Perche.