31.05.2008

... A mon père

En fouinant dans les archives familiales, je suis tombé sur les premières photos réalisées par mon père quand il devait avoir 20 ans. Je les ai épluché et quelque chose m'a frappé...

Mon père professionnellement a pris la succession de son père, qui lui-même avait pris la succession... dans l'agro-alimentaire-animal et l'agriculture. Je crois à me souvenir d'une conversation avec lui, que si, il aurait sans doute embrassé une carrière artistique. Je me souviens étant adolescent, un jour ou il avait pris un peu de temps avec moi, nous avons dessiné. Et pour quelqu'un qui n'avait jamais pris la plume, je trouvais qu'il avait le sens.

Ça fait un certain temps maintenant qu'il est à la retraite, il vient d'avoir 71 ans. Que le temps passe. Dans les premiers temps de sa nouvelle vie, il a pris l'initiative de se mettre à l'informatique et bien sûr à la photo numérique. Aujourd'hui, son bureau ressemble à un laboratoire. Il y en a partout. Et quand l'on entre dans son domaine, je lui dis que cela manque un peu d'organisation, un petit rangement ne serait pas superflu.
... Les fleurs avaient ceux je ne sais quoi d'irrésistible qui donnent le sens, l'essense, qui poussent à aller encore plus loin... Quelque chose m'a frappé, 50 ans qu'il photographie les fleurs, qu'il pratique et bien plus ces derniers temps. Il avait commencé en noir & blanc et pour poursuivre maintenant en numérique. Cela ne l'a jamais quitté, bien qu'il a du faire abstinence pendant des années. Depuis plus de 3 ans, il a rencontré le jardin de Mme d’Andlau, cette femme qui a passé sa vie dans son jardin. Un paradis pour les yeux, une passion les fleurs. Elle en a écrit un livre « Métamorphose d'un jardin ». L'impression papier n'est pas de très bonne qualité (faute de moyen), mais cela laisse une place au désir d’y jeter un œil d’un peu plus près. Son jardin est aujourd'hui reconnu et apprécie. Elle ouvre ces portes une fois par an. A voir. En toutes saisons, il y retourne 2 à 3 fois par mois. Comme une retraite, comme moi avec le chocolat. Mon père est un passionné de la volupté des fleurs et la photo est le meilleur médium, pour lui, de leur rendre hommage, de retranscrire cette relation étroite, cet instant d'éternité. De s'approcher de plus en plus près, de ce qu'il le touche, l'effleure. De faire vivre, ces instants éphémères, un peu plus encore.
Depuis sa retraite, il en ait à son deuxième livre et sa 6 ème (au moins) exposition.
Toucher du bout des yeux le fragile équilibre. Les fleurs sont ce que le modèle vivant est pour le peintre.
Une référence, l'expression, l'essentiel, le commencement, le prolongement du regard.

Quand on aime rien ne s'épuise. Surtout ne change rien, continue.

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13.10.2007

Ou flane le regard









15.09.2007

Anecdote

Entre deux rendez-vous, je rentre dans un café, assis en terrasse, je vois arriver un homme d'un certain âge, portant pantalon en velours beige, béret noir, pull peluchant kaki col en V, laissant apparaître une chemise à carreau... Rien qui ne pouvait, au premier abord, susciter une quelconque attention. C’est amusant comme pour certains le temps vestimentaire s’arrête.


Une baguette sous le bras et je me serais cru dans le midi ! En revanche, il tenait dans les mains Hasenblad, un apparaît photo. Il s'assit à deux tables plus loin face à moi, commanda un café allongé.

Épri de son instrument qu’il manipulait avec délicatesse et précision... Il le caressait comme si... Il y avait quelques choses de surprenant dans son attention envers cet objet commun, il y avait quelque chose de décalé dans cet individu que je ne saurais définir... un certain charisme... Il rayonnait.

J’abandonnais mon livre, mes pensées et mes idées. Je le regardais manipuler son appareil, prenant en photo de tout côté sa tasse de café tel un enfant qui découvre pour la première fois les possibilités de son nouveau jouet.

Et inévitablement, comme Paris est une ville de tous les mystères... j’ai bien compris aussi depuis le temps que j’y suis, qu’une situation qui retient mon attention, ne doit pas être ignorée et négligée. Car après l’heure... Tout disparaît sans laisser de trace... Quelque chose sur lequel on puisse s’asseoir, se reposer. Il n’y a que la mémoire qui donne lieu de soutien, et... et encore ! Dieu sait le nombre de moments oubliés, laissés pour compte qui méritaient toute notre attention.

Paris est une ville fantôme où plein de petits faits divers se côtoient, se mélangent et nous glissent entre les doigts sans que personne n’y prête attention. Alors que c’est l’essence même de la vie.

Être conteur, peintre ou photographe nous donne la possibilité ou le devoir de redonner vie et éternité à ces petits instants merveilleux perdus dans le quotidien. Et ressentir, et ressortir un peu plus beau, un peu plus fort...

Mais parfois aussi, j’aime quand les choses m’échappent, les laisser me tourner autour, me bousculer ou s’enfuir avec ma complicité. Non par lâcheté, mais plutôt par égoïsme. Garder ces instants comme s’il s’agissait de mirage, de spectacle que l’on jouait pour moi seul.

Ou donner aux situations une forme toute autre, une forme différente de ce qu’elles sont vraiment ou les rendre encore plus vraies. Se laisser transporter par l’immortalité d’un présent encore plus présent que l’on n’aurait jamais su saisir comme un moment à part.

Attiré irrésistiblement vers ce personnage, intrigué par un contraste certain, je restais immobile. Oserais-je lui adresser la parole, lui exprimer ma curiosité, mon impression étrange ?

Il semblait être surpris par mon attention, mon silence et mon immobilité. Je devenais enfant devant le miroitement des lumières de la foire. Il m’adressa quelques mots dans un français affreusement mâché qui me signifiait dès lors, bien mon erreur et mon ignorance. Il était américain.
Je traduis :
- “Vous aimez la photo? Vous êtes peut-être photographe, vous-même?” me dit-il. Je lui répondis comme s’il me réveillait du profond sommeil, comme s’il me surprenait dans mon intimité. Et j’allongeais deux trois mots maladroits.
- “Comment? désolé, je ne comprend pas très bien ce que vous me dites.”
- “Do you speak english?”
- “Non...”
Tant bien que mal, nous échangeâmes quelques mots. Je buvais ses paroles comme du potage aux légumes ! Il se dégageait de son discours des couleurs de voyage, des odeurs de pays incertains, des saveurs de régions ignorées. Cela respirait la convivialité et l’ouverture d’esprit. C’était une porte ouverte, une bouffée d’air frais. Cela donnait une envie de prendre la porte et la poudre d’escampette, le bagage en mains, reconsidérer les vues de l’esprit, élargir le champ de vision.

Et pourtant, dans tout ça, il ne me donna qu’un vague aperçu de sa tranche de vie, la mentionnant d'ailleurs presque comme une anecdote comme si elle ne lui appartenait pas, en toute modestie.

- “Un livre est paru sur mon travail...” me glissa-t-il dans la conversation.
Comme j’avais beaucoup de mal à suivre le sens de ses phrases, il m’écrivit sur un morceau de papier, l’éditeur et l’endroit ou je pouvais me procurer son oeuvre.

A mon grand regret une fois encore, il était temps pour moi de quitter la scène, de reprendre le cours de mon programme journalier. Il y avait pourtant encore beaucoup à dire, à partager et à apprendre. Mais ne m’avait-il pas finalement donné l’essentiel ?

En m’orientant vers la sortie, ces derniers mots furent là comme pour clôturer l’histoire :
- “Vous êtes intelligent” annonça-t-il. Je restais dubitatif devant cette phrase inattendue.
- “oui”, rajouta-t-il, “vous êtes curieux.”

Le temps reprit sa place, comme si je n’avais pas franchi autre chose que la réalité propre. Et, quelques temps plus tard, alors, qu’il semblait n’y avoir jamais rien eu, je retrouvais au fond de ma poche un morceau de papier chiffonné et ou il était écrit dans une vive calligraphie : Louis Stettner, édition...

Et en effet, à la Hune (librairie), ce n’est pas un livre que je rencontrais comme il me l’avait soufflé, mais une dizaine. “Louis Stettner, né en 1922 à Brooklyn, photographe... C’est après la guerre du Pacifique qu’il arrive à Paris, (le coeur partagé entre les états Unis et la France). Il rencontre Boudat, Frank et Doisneau, Brassaï surtout qu’il considère comme un maître absolu...”

Merci.